La persona : le concept jungien du masque social
La persona est le visage que nous montrons au monde : le rôle, les manières et l’image à travers lesquels nous rencontrons la société. Jung a emprunté le mot au masque que portaient les acteurs du théâtre antique, et il la considérait comme nécessaire, utile et, lorsqu’on la confond avec le soi tout entier, dangereuse.
D’où vient le mot
En latin, persona désignait le masque d’un acteur, puis le rôle ou le personnage joué. C’est la racine des mots personne et personnalité. Jung l’a choisi délibérément : la persona est un masque qui signale un rôle, non le visage qui se trouve derrière.
Il a développé le concept de la manière la plus complète dans « Les relations entre le moi et l’inconscient » (1928), publié en français sous le titre Dialectique du moi et de l’inconscient. Il y décrit la persona comme un compromis entre l’individu et la société sur la manière dont on doit paraître. Elle n’est pas librement inventée par l’individu ; elle est en grande partie faite d’attentes collectives, ce qui explique pourquoi Jung l’appelait un segment de la psyché collective.
Pourquoi nous avons besoin d’une persona
La persona n’est pas un défaut. Elle nous permet de nous adapter, de coopérer et de protéger ce qui est privé. Un médecin ne parle pas à ses patients comme à ses amis ; un enseignant a une manière d’être en classe ; chaque culture a ses codes de politesse. Sans aucune persona, une personne est exposée et facilement blessée, et les autres ont du mal à entrer en relation avec elle.
Une persona saine est souple. Elle s’adapte à la situation, peut être retirée à la maison et laisse de la place à la personne qui se trouve derrière.
Quand le masque colle : l’identification à la persona
Les problèmes commencent lorsqu’une personne s’identifie à la persona et croit n’être rien d’autre que son rôle : le dirigeant qui est toujours dirigeant, la personne serviable qui ne peut cesser d’aider, l’éternel joyeux qui ne peut jamais être triste. Jung y voyait une perte d’individualité et une source fréquente de névrose.
Une telle identification se brise souvent aux tournants de la vie : la retraite, la perte d’un emploi, un divorce, une maladie, le passage à la seconde moitié de la vie. Ce qui apparaît alors, c’est tout ce que la persona tenait hors de vue, et avant tout l’ombre. Jung mettait aussi en garde contre le danger inverse : celui qui perd entièrement sa persona risque d’être submergé par l’inconscient.
Persona, moi, ombre et anima
La persona est tournée vers l’extérieur. Le moi est le centre de la conscience qui la porte. L’ombre contient ce que la persona exclut, et plus la persona est rigide, plus l’ombre se charge.
Dans Types psychologiques (1921), Jung a décrit le pendant intérieur de la persona comme l’image de l’âme, l’anima ou l’animus, tournée vers l’intérieur, vers l’inconscient. Il observait que les deux se compensent souvent : une personne à l’attitude extérieure dure et assurée peut avoir une vie intérieure très sensible et facilement livrée aux humeurs.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la persona, en termes simples ?
La persona est le masque social ou le rôle que nous présentons aux autres, façonné par ce que la société attend de nous. Elle nous aide à nous adapter, mais elle n’est qu’une partie de ce que nous sommes.
Quel est un exemple de persona ?
L’attitude calme et compétente d’un médecin au travail, la voix professionnelle d’un conseiller du service client ou l’image toujours positive que quelqu’un entretient sur les réseaux sociaux sont autant de personas.
La persona est-elle mauvaise ?
Non. Jung la jugeait nécessaire pour vivre en société. Elle ne devient un problème que lorsqu’une personne s’y identifie complètement et perd le contact avec le reste de sa personnalité.
Quelle est la différence entre la persona et le moi ?
Le moi est le centre de l’identité consciente, celui qui dit « je ». La persona est le rôle que le moi joue dans le monde extérieur. Le moi peut, idéalement, retirer le masque ; lorsqu’il n’y parvient pas, les jungiens parlent d’identification à la persona.
Quelle est la différence entre la persona et l’ombre ?
La persona est ce que nous montrons ; l’ombre est ce que nous cachons, souvent même à nous-mêmes. Les deux sont liées : tout ce que la persona ne peut inclure tend à finir dans l’ombre.
Sources et lectures complémentaires
- C. G. Jung, « The Relations between the Ego and the Unconscious » (1928), Two Essays on Analytical Psychology, Œuvres complètes (Collected Works), vol. 7
- C. G. Jung, Psychological Types (Types psychologiques, 1921), Définitions : « Soul » et « Soul-Image », Œuvres complètes, vol. 6
- C. G. Jung, « Archetypes of the Collective Unconscious », Œuvres complètes, vol. 9i
- Murray Stein, Jung’s Map of the Soul (1998)
- Erving Goffman, The Presentation of Self in Everyday Life (La Mise en scène de la vie quotidienne, 1956)
Dernière révision le 3 novembre 2026. Rédigé à partir des Œuvres complètes de Jung et des travaux de référence ; des résumés, pas des interprétations.
La persona à l’ère des réseaux sociaux
Jung n’a pas écrit sur les réseaux sociaux, mais son concept offre une grille de lecture utile. Un profil est une persona soigneusement choisie : les meilleures photos, les bonnes opinions, la vie telle qu’elle devrait paraître. Comme toute persona, elle est utile et souvent inoffensive.
La question jungienne est la même qu’en 1928 : la personne connaît-elle la différence entre le masque et le visage ? Le sociologue Erving Goffman, dans La Mise en scène de la vie quotidienne (1956), a décrit la vie sociale comme une sorte de représentation théâtrale sous un autre angle, et son œuvre est souvent lue en parallèle de celle de Jung.